On continue dans les vieilleries, mais cette fois-ci avec un épisode de clôture. (Vous n'échapperez pas pour autant à des épisodes plus anciens, désolée. En fait pas tant que ça!!).
Cet épisode, qui peut sembler inutile à certains à cause de son absence de narration et de sa déconnection d'avec toute intrigue interne à la série, est pourtant capital si l'on veut appréhender le propos sous-jacent aux cinq saisons de B5 (prononcez bifaiv'; c'te classe...).
Si l'épisode précédent était centré sur la transmission, le passage, la poursuite de l'œuvre après le départ des protagonistes initiaux, celui-ci au contraire nous prépare à la disparition de ce qui fut.
Bien évidemment, la disparition qui sert de fil rouge à l'épisode, c'est la mort programmée de Sheridan depuis la saison 4.

Lorien: And then, one day, he will simply.... stop
C'est l'occasion de confronter les personnages principaux à leur façon de gérer la mort imminente d'un proche:
- Delenn, l'épouse aimante et admirative. Toute sa volonté de Minbari ne peut l'empêcher de vivre exclusivement la douleur et l'angoisse de perdre celui qui est devenu une partie d'elle-même. Ayant promis d'offrir à John une dernière journée joyeuse, elle n'est finalement pas capable de dissimuler sa peine.

Cette image d'elle, perdue en position fœtale dans son lit, choque, tant Delenn a toujours été solide, disciplinée, voire un peu froide dans ses émotions. Moi-même, n'étant pas une grande fan du personnage, je ne m'attendais pas à ressentir aussi crument sa douleur.
- Garibaldi, le bon (et souvent erratique!) compagnon. Il retrace leur passé commun à travers les histoires drôles de leurs années de service. Le gai luron indispensable dans ces moments pesants.

Et on nous ressort l'histoire du Pak'mara qui avait bouffé le chat mort qui avait bouffé le cristal de données.... le tout ayant fini en vomi verdâsse sur l'uniforme du commandant Sheridan. Un grand moment, c'est vrai!
- Franklin, l'allié, celui qui a été de tous les complots et de tous les arrangements. Il montre une certaine résignation -probablement liée à son métier de médecin-, et une acceptation issue du sentiment d'être vraiment allé au bout de leur histoire commune, d'avoir vécu tout ce qui leur était donné de vivre ensemble, et de ne rien laisser inachevé.

- Bien sûr, il y a Susan, qui ne peut se préparer à cette mort annoncée, elle-même n'ayant pas encore effectué son travail de deuil précédent.
N'ayant pas encore accepté la mort de Marcus, elle est bloquée dans un instant immobile et sans issue.
- Enfin, Vir, à qui ce dîner d'adieux évoque la disparition préalable de Londo. A travers la disparition d'un, nous revivons celle de tous ceux qui l'ont précédé.
C'est l'occasion de leur porter un toast. Ces noms égrenés avec toute la tendresse que leur ont portée les personnages, nous assaillent avec une nostalgie inattendue.

G'Kar *bouhouhouhouhouh*

Londo *mais bon sang on ne saura donc jamais comment il s'est débarrassé de son schtroumpf sur l'épaule???*

Lennier *quel gâchis c'est pas possible*

Marcus *jamais je ne leur pardonnerai*
Tous, ils ont été remplacés, leur œuvre est poursuivie, on l'a vu dans l'épisode précédent. Pourtant, individuellement, leur perte nous accable, dans la certitude que nous ne pourrons plus bénéficier de leur sagesse, insulter leur inconstance, désespérer de leur déclin inéluctable, rire de leur merveilleux petit accent.
C'est aussi l'occasion d'appréhender la disparition du côté de celui qui part.

Sheridan est en train de "faire ses valises", de se préparer à un voyage personnel. Il ne cède pas vraiment à l'angoisse de sa mort, mais décide de "go on a sunday drive", comme il dit.

On le voit sur cette image. Devant le soleil levant de Minbar, Delenn est toute à sa douleur, mais Sheridan lui, regarde devant, il se projette déjà dans son voyage. Il est déjà parti.
C'est évidemment l'aspect le plus ténu, le plus fugace, le moins tangible de l'épisode. Rien n'est clair, peu est sous-entendu. C'est à nous d'essayer de faire ce voyage avec lui. Il ne nous y invite pas vraiment, et nous restons finalement toujours un peu étrangers à ce passage, comme si nous n'étions pas encore prêts à l'emprunter.
Et c'est vrai, nous ne le sommes pas. C'est finalement une bonne chose, après tout ce n'est pas notre voyage à nous...
Non, notre bout du chemin, on ne peut le partager qu'avec la station. Au coeur de toute la série, il n'y a jamais eu qu'elle, et sa disparition est d'une violence inouïe.

(sanglote bruyamment)
Car, plus que les personnages, l'intrigue ou la narration, c'est ce lieu qui nous a accueillis dans son rêve de paix, son ambition de compréhension mutuelle et sa vision d'un futur à bâtir soi-même. Je sais, ça a l'air cucul, mais pour vous (toi) qui me lisez (lis) il semble évident que ces aspects bisounours ne peuvent avoir emporté mon adhésion. C'est juste pas possible, c'est le Dark Side ici quand même, oh!!
Non, non, cette station arrive réellement à nous transmettre cette vision, elle est capable de la faire vivre à ceux qui décident de la fouler. Comme dit Zack, "it's this place"... Elle parvient même à nous la faire vivre à nous, passables téléspectateurs. La peine que nous procure cette vision finale de Babylon 5 nous étonne, nous prend réellement par surprise. Sans s'en rendre compte, on s'était attachés à cette station plus qu'aux personnages. Elle a été un lieu de sécurité, où l'on s'est toujours senti chez nous. A postériori, on réalise que, effectivement, tous les épisodes ou fragments d'épisodes tournés ailleurs ont toujours été plus angoissants, plus dangereux. Plus imprévisibles...
Voilà, on s'est fait manipuler, on nous a eus comme des bleus. On pensait avoir donné notre tendresse à G'Kar, Franklin, Marcus, Londo, même Morden, et sblam! C'est la fin de la station qui arrive à nous arracher une larme. Finalement, ce n'est pas incongru. Car c'est dans les lieux où nous avons vécu des moments fondamentaux avec nos disparus que nous ressentons avec le plus d'intensité à la fois la perte due à leur départ, mais également le bonheur de cet instant fugace mais définitivement ancré dans ce lieu. Bien plus qu'en des endroits consacrés comme les cimetières, ce sont les lieux du partage qui font revivre la mémoire de nos morts.

Zach "It's this place. (...) Every part of this station has somebody's fingerprints on it . Layers, and layers of people's lifes."
C'est exactement pour cela que Sheridan foule une dernière fois la station, afin de ressentir l'émotion des instants vécus là. Malgré le souvenir vibrant que sa mémoire peut en avoir, il ne peut en revivre l'intensité émotionnelle que sur Babylon 5.

Le retour de Za'hadum...

(clin d'œil, on voit bien Lennier en plein milieu...)
Delenn répond parfaitement à cela en choisissant elle aussi un lieu pour se souvenir.

Sur ce banc, où ils ont regardé le soleil se lever sur Minbar, elle fait revivre, pour un fugace instant, son mari.

Alors, oui, Babylon 5, toi la médiocre image de synthèse suspendue et tournicotant dans l'espace, tu nous a ouvert une fenêtre sur le possible, le réalisable, l'atteignable. Ils ne sont jamais faciles à faire, souvent lourds à assumer, mais nos choix ne sont pas regrettés. A la fin.
Post-scriptum pour ceux qui ont tenu jusque là: Bon, c'était très très long donc la semaine prochaine on fera très très court. Et puis, je sais, ce n'est pas très funky groove cette semaine, désolée. Mais j'ai fini Babylon 5, et j'en suis attristée. Pour la peine, je vous mets encore une image de la station, parce que c'est juste trop horrible...
