Oui, enfin c'est ce que je croyais.
Car oui, cher lecteur, cher habitué. Sache que chaque jour, tu viens sur le blog d'une démente, une grande malade...
Explication : aujourd'hui, je voulais de la DE-TEN-TE. Une nazerie tranquille toute seule, avant de dîner gentiment avec mes keupines (que je bise, les braves, car j'ai passé une bonne soirée, smouak !).
Donc nantie de ma carte cinéàvolontéquelleestpériméemaiscestpasgrave, que j'honore trop rarement, en ce moment, d'ailleurs, et qui me permet d'aller voir les pires navets sans aucune arrière-pensée (cf Da Vinci Code), me voilà partie faire la queue au cinoche, bravement. J'adore aller au ciné toute seule, on rencontre toujours des tas de gens, c'est une expérience sympa et en plus je suis plutôt d'un naturel liant. Brèfle ! Je fais la queue, chope les prospectus, jure dans ma moustache parce que j'ai raté le festival du film goth (ptain, ces cons ont passé "Le cauchemar de Dracula" et personne ne m'a prévenue !!! Mais c'est un de mes films cultes ! Papaaaaaa !!!), consulte le numéro de salle (numéro 2, Sorcière, numéro 2, pour Prada), arrive au guichet, brandis ma carte et là : "World Trade Center, s'il vous plaît !"
Heing ?
Qu'est-ce ? Que fut-ce ?
On la refait : Prada on avait dit, couillonne, PRA-DA ! On avait dit détente, pas cauchemar !
Encore sous le choc, quasi-zombifiée, je gravis péniblement les escaliers, ma vie défile devant mes yeux et... Non je déconne. Là, je me dis, salle 2, salle 2, il est encore temps... Eh ben non, rien à faire, me voilà salle 4, déserte, naturellement, la salle 4...
Je m'affaisse lamentablement au troisième rang, mon rang fétiche, j'adore en prendre plein la gueule. Il eût sans doute été judicieux que je décidasse de reculer prudemment. Nenni ! Il fallait mener l'expérience jusqu'au bout. Apparemment, mon subconscient en avait décidé ainsi.
Les bandes-annonces ? Je n'en vois rien. Trop occupée à me dire que je peux toujours sortir de la salle, après tout, Prada, c'est juste de l'autre côté du couloir. J'en profite pour repérer les issues de secours. En cas de panique, il y a toujours l'option certes peu glorieuse du repli stratégique. On dit ça, on dit ça. N'empêche que devant "Un Long Dimanche de Fiançailles" il y a quelques années, votre hôtesse a passé toute la séance pétrifiée, les yeux écarquillés et les deux mains sur les oreilles, tout en se répétant "il faut que je parte, il faut que je parte". Ah ça, on faisait pas sa maligne, ce jour-là !
Rien à faire, je suis scotchée, prête à revivre MON 11 septembre (cf une note de West Wing où j'explique, z'avez qu'à chercher, bandes de feignasses). Fallait bien que ça arrive un jour, non ?
Est-ce que c'est parce que ça fait juste cinq ans, que j'ai lu il y a quelques jours la BD inspirée du rapport de la commission d'enquête du Congrès (je vous la recommande, c'est super documenté, et très clair, les dessins sont supers, bref, très réaliste), est-ce que c'est parce que je bosse dans le milieu journalistique, qu'on en a bouffé des dossiers et des dossiers, que j'en ai marre de faire l'autruche ? Bref, j'y suis allée. Clairement pas pour voir un chef d'oeuvre mais pour me regarder moi, et mes réactions.
Les dix premières minutes ont été les plus terribles. On attend de voir les avions s'encastrer. Niet, nada, on ne les voit pas, à peine une ombre du premier, comme dans la bande-annonce, c'est presque pire.
Ensuite ma foi, je me suis détendue, j'ai très peu marché, à vrai dire. Pas choquée, pas intimidée, à peine touchée par les personnages. Je crois que Stone s'est planté, sur ce coup-là. Hormis Ground Zero qui est plutôt bien réussi, il y a trop de décalage. L'écroulement des tours est bien trop lège, on a du mal à imaginer ces machins de ouatemille étages s'effondrant aussi gentiment. Je sais que ce n'était pas le sujet, que Stone n'a pas voulu faire du docu, que c'était supposé être centré sur les personnages, sur l'humain. Mais bon, c'est ni fait ni à faire, c'est bâtard, longuet, lourdingue... Le tout noyé dans une musique nauséabeurk...
La seule séquence qui m'a vraiment fait lever un sourcil au fur et à mesure que je m'avachissais dans ce divin fauteuil, ce fut le sauvetage des deux gars. Parce que là, on se dit qu'il n'y a pas de petite victoire. Vingt mecs sauvés en tout sur des centaines qui n'ont jamais été retrouvés... Ouais, j'imagine que quand on risque sa vie pour aller désincarcérer un blessé sous vingt mètres de ferrailles, ça doit être énorme. Dérisoire mais énorme. Donc ça, ouais, pas mal.
Le reste. Grosses ficelles... Sentimentalisme primaire, femmes en larmes, etc etc... Ca commence simplement et dignement, ça finit bêtassement. C'est pas que ce n'est pas beau, au fond, c'est juste que c'est bancal. Oliver, Oliver, Oliver...
J'étais curieuse, n'empêche, de voir ce qu'il était devenu. Oliver, c'est le pote d'un de mes profs, le pote perso. De ce prof que j'ai eu en première année de fac, critique de cinoche, qui nous a tenu six mois de cours de civi américaine en les illustrant par des films. Des grands classiques, des trucs que je n'avais jamais vus. J'avais dix-huit ans, et c'était mon cours préféré, de très loin, très enthousiasmant, différent... Depuis j'ai acheté ses bouquins, d'ailleurs.
Pas déçue, au final, parce que mon détachement me plaît. Parce que je sais que c'est bien, que je peux peut-être oser des films plus "difficiles". Dommage seulement d'avoir tiré "ça" du 11 septembre. Je suis consciente que c'est ce que voulait explorer le réalisateur. Mais à mon avis, il s'est grave planté. Ce film ne devrait pas s'appeler World Trade Center. Il ne parle pas du World Trade Center. Et ce n'est pas les tours qu'on devrait voir sur l'affiche.

En fait, je me dis que ce qu'a fait Stone, c'est probablement exactement le contraire de ce qu'il aurait fallu faire. Mais bon, amen, ce film ne m'empêchera pas de dormir. Dommage, quelque part. Moi, j'aime autant m'en féliciter. Sur ce, bonne nuit.